Le pouvoir du mental
D’ici à 2017, la lecture des pensées ne sera plus une fantaisie. C’est ce que prédit IBM dans sa liste « Five in Five » présentant les cinq innovations majeures qui devraient se produire dans les cinq prochaines années.
En fait, cette accroche est un peu trompeuse. Pour IBM, il n’est pas vraiment question de lire les pensées, mais plutôt de contrôler des appareils par la pensée, de ne plus utiliser nos doigts pour des actions simples comme appeler au téléphone, déplacer un curseur sur l’écran, ou taper un texte. Et, éventuellement, grâce à un jeu complexe de décodage des expressions faciales, des niveaux de stress, d’excitation ou de concentration, de comprendre les pensées des autres, à défaut de les lire.
L’humain et la technologie : un mariage naturel?
Douglas Coupland, cet écrivain canadien passionné par la rencontre de la culture et de la technologie et à qui l’on doit l’expression Génération X, dit de la technologie qu’elle ne nous a pas été transmise par des extraterrestres, que nous l’avons inventée nous-mêmes. En conséquence, la technologie ne peut pas être aliénante, elle ne peut être que l’expression de notre humanité. (“Aliens didn’t come down to Earth and give us technology,” (…). “We invented it ourselves. Therefore it can never be alienating; it can only be an expression of our humanity.” The New York Times Sunday Book Review, 9 mars 2012)
Voilà tout à la fois une brillante façon d’illustrer notre relation à la technologie – celle-ci n’est pas extrinsèque à notre humanité, mais produit de celle-ci, et un avertissement quant à ses limites, notre humanité étant capable du pire, comme du meilleur.
Pour peu qu’on s’intéresse aux recherches et prédictions en ce sens, les possibilités de la fusion humain/machine semblent infinies. Il y a d’ailleurs, sous forme de prototypes dans la plupart des cas, une variété intéressante d’expériences en cours.
Celle-ci, conduite par une équipe de neuroscientifiques de l’Université de Berkeley en Californie produit des résultats assez spectaculaires. En utilisant l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle et des modèles informatiques, l’équipe a réussi à décoder et à reconstituer les expériences visuelles d’individus – le visionnement de bandes-annonces de films hollywoodiens dans ce cas.
Bon, si on se donne la peine de lire la méthodologie de la recherche, on comprend que ce résultat n’a pas été obtenu en connectant simplement un cerveau à un bidule qui en reproduirait ensuite l’imagerie. Il a fallu passablement de programmation, de recherche et de codage pour en arriver là (entre autres, la constitution d’un catalogue de 5 000 heures de vidéo prises au hasard sur YouTube). Le mental est fort, mais il a quand même besoin de toute l’aide que la technologie peut lui fournir.
Les objectifs poursuivis par le professeur Jack Gallant et son équipe : reconstituer une image mentale interne, ouvrir une fenêtre sur le cinéma dans notre tête, filmer nos rêves, pourquoi pas. Plus prosaïquement, la technologie pourrait permettre de mieux comprendre ce qui se passe dans le cerveau des personnes qui ont perdu la faculté de communiquer, comme les victimes d’attaques cérébrales ou les personnes dans le coma. Ultimement, ces recherches pourraient jeter les bases de véritables interfaces cerveau-machine qui permettraient à des grands paralysés d’opérer des ordinateurs avec leur cerveau.
Un vélo contrôlé par le cerveau
Dans un autre registre, Toyota Prius et Parlee Cycles, un fabricant de vélos de course, ont fait équipe pour la construction d’un vélo qui change de vitesse sous l’impulsion du cerveau du cycliste.
Un élément intéressant de cette expérience : rien n’a été créé spécialement pour ce vélo, toute la technologie utilisée existait déjà. Ce qui est nouveau, c’est la façon dont diverses nouvelles technologies ont été amalgamées pour produire un résultat inédit.
Comment résister à un chat (même s’il ne s’agit que de ses oreilles) ?
Vous avez peut-être déjà entendu parler de ces oreilles de chat qui bougent au rythme de nos émotions. Necomimi (oreilles de chat en japonais), de la compagnie japonaise Neurowear, est produit par une compagnie japonaise qui se targue de faire ainsi du « corps augmenté », un appareil capable de prolonger notre cerveau et de présenter nos émotions. En fait, les émotions que ces oreilles traduisent sont plutôt basiques : elles se dressent quand on est concentrés et s’inclinent quand on relaxe. On annonce leur mise en marché pour le printemps 2012.
Des machines qui veulent notre bien
Plus près de nous, à Toronto, la compagnie InterAxon s’affaire à développer des applications et technologies informatiques centrées sur les interfaces cerveau-machine.
Ariel Garten, la présidente d’InterAxion, sera à la 9ième édition de la Boule de cristal pour expliquer comment les technologies contrôlées par le cerveau représentent la prochaine étape logique de notre interaction avec le contenu numérique. Selon elle, on peut, par exemple, imaginer un avenir proche où les machines seraient en mesure de décoder nos émotions et de nous proposer des contenus qui y répondent, une manière de smart TV avant la lettre.
C’est certainement une proposition intrigante. Je me demande bien dans quel état d’esprit je devrais être, par exemple, pour que mon téléviseur me propose The Walking Dead, une série de télévision terrifiante, dont je suis fan, dans laquelle un petit groupe de personnes tente de survivre dans un monde apocalyptique envahi par les zombis.





